Brice Châtel

Courriel : chatel.brice[at]gmail.com

Date d'inscription
2019/2020

Directeur de recherche
Claude Coste

Intitulé de la thèse
Être Barthésien : pour une pensée ontologique et poétique de l’interstice

Résumé de la thèse
L’objet de cette thèse est de postuler la présence centrale d’une pensée de l’interstice dans l’œuvre de Barthes. Dans ses œuvres complètes, le mot n’apparait pourtant qu’une dizaine de fois dans des contextes et donc des sémantiques variables. Et pourtant, l’interstice, à la manière d’une photo mosaïque dont le dessin apparait par l’addition de nombreux autres clichés, semble émerger comme un thème central dans la pensée de Barthes, comme un point central dans le réseau conceptuel barthésien.

Pour l’auteur, l’interstice semble être la possibilité d’une expérience ontologique, c’est-à-dire un topos, puisqu’il s’agit bien d’un lieu, d’un espace, imaginaire ou réel, dans lequel le sujet vit une expérience de vérité, voire de sacré dans une acceptation Heideggérienne : « L’essence du Sacré, pensée à partir de la vérité, est enracinée dans la question de l’Être. »

Selon Roland Barthes ce moment de vérité c’est « le surgissement de l’ininterprétable, c’est-à-dire du dernier degré du sens, de l’après quoi plus rien à dire […] », et l’homme capable de capter ces moments de vérité c’est le poète.

Le poète est ici celui qui par sa position de demi-dieu se tient dans l’écart, c’est-à-dire dans l’interstice entre les Dieux et les hommes. Il est en charge de recueillir cet éclair, cet instant de vérité et, à la manière des oracles antiques, d’en devenir à la fois le traducteur et le messager, sans qu’il y ait interprétation possible. Cet homme, cet écrivain pourrait être ce que Barthes a appelé : « l’homme de l’Interstice ». Barthes est-il lui-même l’homme de l’interstice ?

Peut-être qu'au terme de notre étude, nous serons en mesure de comprendre ce que Jacques Chancel disait en introduction de son émission radiophonique Radioscopie (1975) : « Ils sont nombreux ceux qui affirment qu’il est difficile de vous situer » ou encore ce que Barthes lui-même confiait dans la même émission : « En réalité, je n’avais pas de milieu lorsque j’étais adolescent, dans la mesure où j’étais rattaché uniquement à ma mère, mon seul foyer. […] Et donc, n’ayant pas de véritable milieu social, je faisais l’expérience d’une certaine solitude. »

Cette absence de milieu, cette solitude semble être celle du marginal, de celui qui est à la marge. En tout état de cause, elle ne peut être celle de l’homme qui vit dans l’interstice puisque ce dernier suppose deux bords. Ainsi, et à la lumière de la critique psychanalytique, nous tenterons de comprendre si par l’écriture Barthes ne vise pas à retrouver l’autre bord : « Place de l’écrivain : la Marge ? Il y en a tant : il finit par y avoir une arrogance de la Marginalité. Je préfère lui substituer l’image de l’Interstice : Ecrivain = homme de l’Interstice. »

Résumé de la thèse en anglais
The purpose of this thesis is to postulate the central presence of a thought of the interstice in Barthes' work. In his complete works, however, the word appears only about ten times in varying contexts and therefore varying semantics. And yet the interstice, like a photo mosaic whose drawing appears through the addition of numerous other clichés, seems to emerge as a central theme in Barthes' thinking, as a central point in the Barthian conceptual network.

For the author, the interstice seems to be the possibility of an ontological experience, i.e. a topos, since it is indeed a place, a space, imaginary or real, in which the subject lives an experience of truth, even of the sacred in a Heideggerian acceptance: "The essence of the Sacred, thought from the truth, is rooted in the question of Being. »

According to Roland Barthes, this moment of truth is "the emergence of the uninterpretable, that is to say the last degree of meaning, after which there is nothing more to say [...]", and the man capable of capturing these moments of truth is the poet.

The poet is here the one who, by his position as a demigod, stands in the gap, that is to say, in the interstice between Gods and men. He is in charge of capturing this lightning, this moment of truth and, in the manner of the ancient oracles, of becoming both its translator and messenger, without any possible interpretation. This man, this writer could be what Barthes called: "the man of the Interstice". Is Barthes himself the man of the interstice?

Perhaps at the end of our study we will be able to understand what Jacques Chancel said in the introduction to his radio programme Radioscopie (1975): "Many people say that it is difficult to situate yourself", or what Barthes himself confided in the same programme: "In reality, I had no milieu when I was a teenager, inasmuch as I was attached only to my mother, my only home. ...] And so, having no real social milieu, I experienced a certain solitude. »

This absence of a milieu, this solitude seems to be that of the marginal, of the one on the fringe. In any case, it cannot be that of the man who lives in the interstice, since the interstice presupposes two edges. Thus, and in the light of psychoanalytical criticism, we will try to understand whether Barthes' writing does not aim to find the other edge: "Place of the writer: the Margin? There are so many: there ends up being an arrogance of Marginality. I prefer to replace it with the image of the Interstice: Writer = man of the Interstice. »

Illustration thèse Brice Châtel
Illustration thèse Brice Châtel

Daniel Boudinet, Polaroïd, 1979, Frontispice de La Chambre claire de Roland Barthes,
1980, hors texte, sans pagination