Diego Dilettoso

Photo Diego Dilettoso
Photo Diego Dilettoso
Courriel : diegodilettoso0805[at]gmail.com


CV de Diego Dilettoso


Date d'inscription
2010-2011

Directeur de recherche
Éric Vial

Intitulé de la thèse
Les années parisiennes de Carlo Rosselli (1929-1937)

Résumé de la thèse
La thèse préparée est une étude biographique portant sur Carlo Rosselli dans les années qu’il a passées en France (1929-1937), le fondateur et animateur du groupe antifasciste Giustizia e Libertà (Justice et Liberté, GL). En Août 1929, après son évasion rocambolesque de l’île de Lipari où il avait été placé en résidence surveillée par la police fasciste pour avoir organisé l’expatriation clandestine du leader socialiste Filippo Turati, Carlo Rosselli, un jeune assistant universitaire et militant antifasciste, rejoint lui-aussi Paris. C’est dans la capitale française que Rosselli fondera GL et mènera un combat acharné contre le régime fasciste italien. C’est à cause de cette intransigeance dans la lutte politique que Rosselli a été assassiné le 9 Juin 1937 à Bagnoles-de-L’Orne par un groupe de cagoulards, directement mandatés par le ministre des Affaires étrangères italien (et gendre de Mussolini), Galeazzo Ciano. Si l’historiographie rossellienne est vaste, elle présente des lacunes pour ce qui concerne les années françaises. Par exemple, aucun ouvrage, livre ou article, n’est consacré aux réseaux français de Carlo Rosselli, dont pourtant on a des nombreuses traces. Ceux qui ont abordé ce thème, l’ont fait de façon épisodique et très brève. Pourtant, les années parisiennes de Rosselli ont une importance fondamentale dans l’évolution de Giustizia e Libertà.

Résumé de la thèse en anglais
This thesis is a biographical study of the French years (1929-1937) of Carlo Rosselli, the founder and leader of the antifascist group Giustizia e Libertà (Justice and Freedom, GL). In August 1929, after an incredible escape from the Lipari Island, where he was kept into internal exile by the fascist police for having organized the clandestine expatriation of the socialist leader Filippo Turati, Carlo Rosselli, a young university assistant and antifascist militant, went to Paris. It is in the French capital that Rosselli created GL and led a relentless fight against the Italian fascist regime. It is because of his political intransigence that Rosselli was assassinated on June 9th, 1937 in Bagnoles-de-L’Orne by La Cagoule, a Franco-fascist group directly financed by the Italian Minister of Foreign Affairs (and son-in-law of Mussolini), Galeazzo Ciano. If the rossellian historiography is vast, it presents several gaps concerning the French years. For instance, neither book nor article focused on the French networks of Carlo Rosselli, whose traces are yet numerous. Those who addressed this theme did it in a very episodic and short fashion. Nevertheless, the Parisian years of Rosselli have a fundamental importance in the evolution of Giustizia e Libertà.

Illustration du projet
Illustration thèse Diego Dilettoso
Illustration thèse Diego Dilettoso - Photo de Carlo Rosselli en 1935
La spécificité de cette thèse consiste dans l’étude de l’expérience politique de Rosselli à l’aune de l’influence opérée sur lui par la culture française des années 1930. En d’autres mots, ce travail souhaite prendre en compte certaines données à ce jour relativement négligées, comme par exemple sa lecture vorace et systématique d’un large éventail de publications françaises, chacune porteuse d’une sensibilités politique et culturelle spécifique. De même, la fréquentation d’hommes politiques et d’intellectuels transalpins représentatifs de différentes tendances (souvent difficilement classables) est révélatrice d’un tempérament étonnement ouvert aux idées nouvelles, d’où qu’elles viennent. Cette attitude n’était pas sans risques : on peut bien le constater, par exemple, au vu du grand nombre d’espions infiltrés dans son cercle amical et politique. Les rapports rédigés par les informateurs de la police politique italienne ne fournissent pas seulement des révélations anecdotiques sur son emploi du temps, ses lieux de vie, et ses fréquentations politiques et amicales. Plus important encore, cet énorme corpus d’informations fait état d’un profil à la fois syncrétiste et fièrement indépendant. En diverses occasions, Rosselli se signale pour son attention aux suggestions venant du monde de la culture, tout en se montrant soucieux de préserver l’« autonomie» inhérente à son statut d’homme politique ; cet aspect est particulièrement significatif compte-tenu de la conjoncture marquée par les tentations technocratiques, qu’elles soient prétendument apolitiques (p. ex. le « plan du 9 juillet ») ou politiques (corporatisme, mais aussi le planisme sous ses différents formes). De nombreuses fois, il rentre en contact avec des réseaux de premier ordre du monde culturel et/ou politique français; ce fait est suffisamment peu commun parmi les autres dirigeants de l’antifascisme italien en exil pour être relaté : par exemple, il participe à quelques unes des Décades de Pontigny et aux réunions de l’Union pour la Vérité, hauts lieux de l’intelligentsia parisienne de l’époque. En même temps, il échange des attestations d’estime par journaux interposés avec les anarchosyndicalistes de la revue L’Homme réel, ce qui ne lui empêche pas, quelques mois plus tôt, de sympathiser avec le courant néo de la SFIO, tout en prenant contact et en rencontrant personnellement Trotzky, alors résidant en France. Certains pourraient considérer une telle multiplication d’initiatives et de prises de positions d’apparence incohérentes comme étant révélatrices d’un « confusionisme » et/ou d’ un « amateurisme » de fond. Cependant, ces expériences, aussi éphémères fussent-elles, semblent plutôt dessiner un profil d’homme politique assumant pleinement son « ouverture » voire l’érigeant en modus operandi ; une étude de ses écrits formels (articles) comme informels (lettres, notes) confirme cette analyse : telle une éponge, Rosselli absorbe les sollicitations venant du monde culturel français ; il les analyse pour, parfois, se les réapproprier en un ensemble composite. Au final, à travers son cas personnel, il est possible de tirer une image assez vaste et pittoresque des tendances politiques et culturelles reconductibles au débat public français des années 1930. De même, son parcours permet de s’interroger, de façon plus générale, sur les rapports complexes et toujours actuels entre la politique et la culture.