le 13 mars 2022
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Publié le 11 novembre 2021 Mis à jour le 12 novembre 2021

Intervention de Yannicke Chupin dans le documentaire "'Lolita' méprise sur un fantasme" sur Arte

Illustration Lolita
Illustration Lolita - © Humbert (James Mason), Lolita (Sue Lyon) et Charlotte (Shelley Winters), dans « Lolita » (1962), de Stanley Kubrick. ARTE

Yannicke Chupin (MCF CY Cergy Paris Université) intervient dans le documentaire consacré à Nabokov "'Lolita' méprise sur un fantasme", disponible en replay sur le site d'Arte jusqu'au 13 mars 2022.

"Lolita", méprise sur un fantasme


Voir le documentaire en replay sur Arte TV

Comment l'enfant abusée du chef-d'œuvre au noir de Nabokov s'est-elle transformée en icône érotique dans l'imaginaire collectif ? Généalogie d'un contresens nourri de scandale et de gloire, au plus près du roman et de son histoire.


Par son succès phénoménal, le roman le plus connu de Nabokov a fait du surnom de son héroïne un nom commun et a popularisé le mot "nymphette". Dans l'imaginaire collectif, ces deux termes désignent une jeune aguicheuse, sexuellement précoce, qui se plaît à susciter les désirs masculins. Pourquoi la tragédie de Dolores Haze, alias Lolita, orpheline de 12 ans violée par son beau-père, que nous ne percevons qu'à travers le fantasme criminel de ce dernier, reste-t-elle caricaturée depuis si longtemps ? Écrit à la première personne du singulier, le roman se présente comme la confession fiévreuse et sans remords de cet homme de 37 ans, esthète déraciné obsédé par la fille de sa logeuse, qu'il enlèvera pour la tenir en sa possession au fil d'une longue fuite à travers les États-Unis des années 1940. Pour rendre justice au "livre le plus incompris de l'histoire de la littérature", que certains considèrent aussi comme une apologie de la pédophilie, Olivia Mokiejewski revient aux sources. Elle déroule la genèse et le destin extraordinaire de l'œuvre, victime d'une succession de malentendus, notamment après son adaptation infidèle au cinéma par Stanley Kubrick en 1962, sept ans après sa publication. En parallèle, le film fait vivre le texte pour évoquer la "vraie" Lolita, enfant abusée dont la souffrance et l'absolue solitude hantent le récit en filigrane. 

L'ampleur du décalage 

Manuscrit brûlé, rejeté, publié, censuré, réédité puis encensé, avant de trouver place parmi les chefs-d'œuvre universels, Lolita devra à son sulfureux sujet autant qu'à sa puissance littéraire une part de sa gloire. Celle-ci n'a fait qu'amplifier la méprise, malgré les mises au point mi-irritées, mi-résignées de Vladimir Nabokov – entre autres sur le plateau d'Apostrophes en 1975, deux ans avant sa mort, face à un Bernard Pivot malencontreusement égrillard, qui illustre l'ampleur du décalage. Avec d'autres archives rares de l'écrivain, et les éclairages de son biographe, Brian Boyd, de deux de ses traducteurs (Maurice Couturier pour le français, Tadashi Wakashima pour le japonais), ainsi que d'autres fervents lecteurs et exégètes, dont Vanessa Springora, l'auteure du Consentement (Grasset, 2020), Olivia Mokiejewski rend hommage à la stupéfiante modernité de Lolita, qui, près de soixante-dix ans après sa parution, nous confronte à une vérité humaine que beaucoup se refusent encore à voir.

Réalisation : Olivia Mokiejewski
Pays : France
Année : 2021

(Source : https://www.arte.tv/fr/videos/100842-000-A/lolita-meprise-sur-un-fantasme/)